YANNICK HAENEL

YANNICK HAENEL

écrivain

Il est né à Rennes, où il a fait une partie de ses études, Lycée Chateaubriand et Université Rennes 2. Quelques souvenirs du Théâtre National de Bretagne ? Daniel Mesguich… Ce devait être à l’époque Le Grand Huit. Le théâtre l’a saisi de nouveau avec la découverte d’Ordet, mis en scène par Arthur Nauzyciel, traduit et adapté par Marie Darrieussecq. « Cela m’a incité à lui adresser le livre que je venais de publier sur Jan Karski, résistant polonais qui tenta de faire connaître l’extermination des juifs d’Europe aux alliés. » Un livre écrit à la suite du témoignage de Karski dans le documentaire de Claude Lanzmann, Shoah (1985). « Parmi ces prises de paroles, iI occupait la place de l’écrivain, du porteur de phrases, celui qui était chargé d’apprendre et de transmettre puisqu’il était le messager. Dans mon livre, je la transmets depuis trois points de vue différents.» Des raisons plus personnelles, « une forme de déchirement », l’ont également amené à s’intéresser à cette période. D’une famille alsacienne dont certains membres ont endossé l’uniforme allemand, tandis que d’autres, ayant pris le maquis, ont été déportés. Arthur Nauzyciel s’empare de cette histoire comme Yannick Haenel avant lui. Et à la suite de Lanzmann. « Cela forme une sorte de chaîne de transmission. » Le livre devient spectacle sous le titre Jan Karski (mon nom est une fiction), pour souligner cette appropriation. Le livre a suscité une controverse « non pas sur la légitimité de raconter cette histoire, mais sur la question du respect de la vérité historique. La question même qu’Arthur Nauzyciel a choisi de mettre en exergue dans le titre du spectacle. À savoir, d’une vie qu’est-ce qui est fiction ? Comment rencontrer le propre d’une vie ? » Et selon les mots de Paul Celan « qui témoigne pour le témoin ? ». Alors reprendre ces mots : « Là où la fiction se substitue au réel, le climat devient moins pesant, la vision plus large… » Ils sont de Louis-René des Forêts qui, avec Blanchot et Bataille, est pour Yannick Haenel figure tutélaire. « Chez ces trois auteurs, la littérature et la pensée sont une même chose. Cela continue de m’animer. Avec l’idée – et le livre Jan Karski en émane –que la littérature touche toujours à quelque chose de transgressif, d’interdit, de sacrilège en un sens. Ce que j’écris a à voir avec ce défi là. C’est une littérature qui ne se satisfait pas seulement de la narration. » Après Cercle en 2007 (prix Roger-Nimier) et Les Renards pâles en 2013, son dernier livre, Je cherche l’Italie – chronique des années passées à Florence – prend la forme d’un essai consacré à Bataille. « Ce qui m’intéresse chez lui, les formes d’intensité, le rapport à l’érotisme, mais aussi la méditation sur la structure sacrificielle du monde, sur la manière dont les corps, depuis Hiroshima, sont en état de sacrifice. Bataille est sur la crête entre une littérature de récits et une littérature philosophique. » Justement, Yannick Haenel coanime depuis 1997 avec François Meyronnis la revue Ligne de risque, qui s’attache à la coïncidence entre la littérature et la pensée. Son prochain roman, en cours de publication, s’intitule Tiens ferme ta couronne. Retrouvez Yannick Haenel en dédicace à l'Espace Ouest-France le mercredi 15 novembre à 18h.