ARTHUR NAUZYCIEL

ARTHUR NAUZYCIEL

Portrait du nouveau directeur du TNB

Arthur Nauzyciel découvre le théâtre au lycée des Ulis, grâce à une documentaliste qui emmène des élèves à Paris voir les créations d’Antoine Vitez et de Patrice Chéreau. Se destinant à être réalisateur de cinéma, il fait des études d’arts plastiques avant d’intégrer à 19 ans, en 1986, l’école d’Antoine Vitez au Théâtre National de Chaillot. Il devient comédien, enchaîne les rôles dans le théâtre public, part en stage à Moscou avec Anatoli Vassiliev, et rencontre Éric Vigner, qu’il accompagne au sein de sa compagnie, avant de le suivre en 1996 au CDDB –Théâtre de Lorient. Il y sera artiste associé et, en 1999, Arthur Nauzyciel y signe sa première mise en scène Le Malade imaginaire ou Le Silence de Molière, dans laquelle il joue avec son propre père et le comédien Laurent Poitrenaux. Il fonde sa compagnie. Elle a pour nom les chiffres tatoués sur l’avant-bras de son grand-père maternel survivant d’Auschwitz (Compagnie 41751). Il pose ainsi, tel un manifeste, son désir de faire du théâtre un espace de réparation. Il crée ensuite pour l’actrice Marilu Marini, Oh les beaux jours (2003), présenté à l’Odéon-Théâtre de l’Europe et Buenos Aires. Suivront, en France : Place des héros qui marque l’inscription au répertoire de Thomas Bernhard à La Comédie-Française (2004) ; Ordet (la parole) de Kaj Munk au Festival d’Avignon (2008) et dans le cadre du Festival d’Automne à Paris ; en 2011, il crée Jan Karski (mon nom est une fiction), d’après le roman de Yannick Haenel en ouverture du Festival d’Avignon. Spectacle aux résonnances intimes et emblématique de ce « théâtre de réparation » où la parole ressuscite les morts, qui lui est cher. Suivent la création de Faim d’après le roman de Knut Hamsun (2011) ; La Mouette de Tchekhov (2012) dans la Cour d’honneur au Festival d’Avignon ; Kaddish d’Allen Ginsberg avec Étienne Daho (2013). En janvier 2015 il crée Splendid’s, de Jean Genet, avec les comédiens américains de Julius Caesar. Par goût de l’ailleurs et par nécessité, pour inventer un théâtre différent nourri de ces expériences, Arthur Nauzyciel est l’un des rares metteurs en scène français qui travaille régulièrement à l’étranger. 

 

Aux États-Unis, il crée à Atlanta deux pièces de B-M. Koltès : Black battles with dogs (2001) présenté à Chicago, Athènes et au Festival d’Avignon (2006) puis Roberto Zucco (2004), et à Boston, pour l’American Repertory Theater, Abigail’s Party de Mike Leigh (2007) et Julius Caesar de Shakespeare (2008). Ces spectacles créés à l’étranger ont tous été repris en tournée en France « car quelle que soit leur origine, ils s’inscrivent dans mon parcours. Chaque spectacle relève d’une nécessité profonde et fait sens par rapport aux autres»  : L’Image (2006) de Beckett à Dublin, performance présentée à Reykjavik, New York, Paris, en Chine et au Japon. Au Théâtre National d’Islande, Le Musée de la mer, première pièce de Marie Darrieussecq écrite à cette occasion (2009). À Oslo, il recrée Abigail’s Party au Théâtre National de Norvège (2012). En novembre 2015, il met en scène Les Larmes amères de Petra von Kant de R. W. Fassbinder au Mini-teater, à Ljubljana en Slovénie. Il crée en mars 2016 L’Empire des lumières de Kim Youngha, au National Theater Company of Korea (NTCK), à Séoul. Très impliqué dans la formation, il enseigne dans différentes écoles et universités en France et à l’étranger, et fut l’artiste invité de l’École des Maîtres en Italie en 2009. Il travaille également pour la danse et l’opéra, dont Red Waters avec Lady and Bird. Au fil de ce parcours et de ses voyages, Arthur Nauzyciel associe des artistes de toutes nationalités qui viennent de la danse, de la musique, des arts plastiques, de la mode, du design, de l’architecture. Nouant ainsi des complicités durables : « c’est une forme d’utopie que de faire exister, grâce au théâtre, une sorte de Babel où des gens si différents trouvent un enjeu commun. » Il fera du CDN d’Orléans qu’il dirigea pendant neuf ans, un lieu creuset pour les artistes, ayant pour centre de gravité les créations qui s’y développent, tout en rendant compte de l’ensemble des disciplines qui les constituent. Les prémices de l’aventure rennaise qui commence aujourd’hui